##  [« Webmaster »](/chroniques-de-langue/webmaster)

André Senécal, trad. a., réd. a.
(*L’Actualité terminologique*, volume 32, numéro 2, 1999, page 5)

À naviguer sur Internet, on remarque parfois l’indication qui figure souvent au bas de la page d’accueil ou de la dernière page d’un site. On y trouve les coordonnées de la personne ou de l’organisme qui a conçu le site et qui s’occupe de sa maintenance : le **webmaster** en anglais. Ce terme a-t-il un équivalent en français? Voici ce qu’on peut constater en consultant de nombreux sites qui s’affichent en français.

Tout d’abord, **webmaster** est repris directement en français dans de nombreux sites, tant au Québec qu’en France. C’est l’emprunt direct, lequel ne semble être justifié que par l’origine américaine de ce formidable moyen de communication qu’est Internet.

Les équivalents *administrateur* (*administratrice*) *de site Web*, *administrateur* (*administratrice*) *Web*, *gestionnaire de site Web* et *responsable de serveur Web* sont des tours analytiques utilisés pour rendre **webmaster** et son pendant féminin (rare) **webmistress**. Leur avantage réside dans le fait qu’ils décrivent bien la réalité en question dans des termes généraux, voire neutres. Toutefois, ces expressions sont très peu répandues au « générique » des sites eux-mêmes. On les réserve plutôt aux documents écrits, notamment aux rapports. Par ailleurs, leur longueur les rend peu maniables, donc peu attrayants pour les internautes, habitués à se déplacer à la vitesse de l’éclair aux quatre coins de la planète.

*Webmestre* semble se classer bon deuxième comme équivalent de **webmaster** en français. Ce mot serait d’origine québécoise[Note de bas de page 1](#fn1), et son usage semble plus répandu au Québec qu’en France. Rappelons que *webmestre* est formé sur le modèle de *bourgmestre* et de *vaguemestre*.

On a critiqué la création du terme *webmestre* en soulignant que le fait d’« accoler un acronyme américain à un substantif qui fleure bon le vieux français est un mariage contre nature[Note de bas de page 2](#fn2). » Voilà un jugement de valeur fondé sur une erreur et doublé d’une nostalgie surannée que d’aucuns qualifieraient de ringarde. **Web** n’est pas un acronyme, mais un substantif qui désigne un réseau d’échange et de communication tous azimuts que l’on rend aussi en français par le mot *toile*. Pour ce qui est du « mariage contre nature », les tenants d’une certaine « norme » lexicale tiendraient-ils le même langage au sujet de termes créés en français par l’agglutination hybride d’un terme de racine latine à un autre de racine grecque, comme *bicyclette*? Peut-être *webmestre* n’est-il pas conforme aux canons de la création lexicale en français. Néanmoins, avait-on prévu l’essor que prendraient les communications par la voie d’Internet, leur manifestation la plus éclatante? Comme la langue aussi évolue, l’agglutination d’un mot anglais à l’ancienne orthographe d’un mot français pour nommer une nouvelle réalité pourrait bien s’ajouter à la panoplie des moyens utilisés en création lexicale. Toujours est-il que *webmestre* est en train de s’installer en français au Québec et que sa lexicalisation relève de l’analogie par rapport à des termes qui font partie du fonds terminologique en français. En outre, *webmestre* est simple et évocateur, donc plus susceptible d’être utilisé par le plus grand nombre. Enfin, avantage non négligeable, ce terme fonctionnel est épicène, comme *responsable* et *gestionnaire*.

Un mot sur *webmaître*, lequel est très rare. Il procède d’un calque direct de l’anglais et il n’a pas vraiment sa raison d’être en français, eu égard au succès grandissant de *webmestre*.

Relevé sur un site, *maître-toilier* est probablement l’équivalent de *webmaster* le plus conforme au génie de la langue française. Sa morphologie élégante n’est pas sans rappeler le maître-voilier Panisse, de l’univers de Marcel Pagnol… Toutefois, outre les grandes qualités de *maître-toilier* et le fait qu’il soit évocateur et facilement compréhensible, sa présence sur les sites Internet est pour le moment relativement limitée.

Dans un bulletin de communication[Note de bas de page 3](#fn3), la Fédération internationale des traducteurs (FIT) utilise l’expression *maître de toile*. L’expression est correcte, mais elle ne figure à peu près nulle part ailleurs pour le moment. Le recours à une expression intégrant un joncteur (préposition) pourrait nuire à la maniabilité de l’expression.

Enfin, *concierge* figure sur un site Internet pour en désigner l’administrateur. Cette extension sémantique du terme *concierge* est intéressante dans la mesure où elle révèle des possibilités de créativité en français qui sont indépendantes de la pensée en anglais. Les chances que *concierge* passe dans l’usage ne devraient inciter personne à faire jeûne. Il n’en demeure pas moins que de telles propositions stimulent l’évolution de la langue française et l’empêchent de se scléroser.

De ce bref tour d’horizon, il faut constater la longueur d’avance de *webmestre* sur ses concurrents pour rendre **webmaster**. Mais c’est l’usage, et l’usage seul, qui déterminera le gagnant au fil d’arrivée. Pour qu’une expression conforme au génie de la langue française « réussisse » auprès du grand public, encore faut-il qu’elle réponde à des besoins et à des exigences pratiques. Des atours invitants (maniabilité, concision, pouvoir évocateur) ne nuisent pas et, à vrai dire, ils sont à peu près indispensables. Que l’expression soit conforme à une norme langagière ne suffit plus. Voilà qui, justement, devrait aiguillonner les langagiers et les praticiens de la traduction dans leurs efforts visant à formuler des propositions dynamiques et vivantes qui confirmeront que le français peut se placer autant sur le plan du réel que sur celui de l’entendement[Note de bas de page 4](#fn4).

## Références

Note de bas de page 1 Otman, Gabriel. *L’anglais de l’Internet*, Bélin, Paris, 1997, 255 pages.

[Retour à la référence de la note de bas de page 1](#fn1-rf)

Note de bas de page 2 Tittel, Ed et Steve James. *HTML pour les nuls*, SYBEX, Paris, 1996, 365 pages (Traduction : Michel Dreyfus).

[Retour à la référence de la note de bas de page 2](#fn2-rf)

Note de bas de page 3 Fédération internationale des traducteurs. *FIT FLASH*, vol. II, nº 11, décembre 1998.

[Retour à la référence de la note de bas de page 3](#fn3-rf)

Note de bas de page 4 Voir à ce sujet l’excellent ouvrage de Claude Bédard, intitulé *La traduction technique : principes et pratique*, publié en 1986 chez Linguatech.

[Retour à la référence de la note de bas de page 4](#fn4-rf)

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